Balades entre Seine et mer : explorer le patrimoine maritime à pied autour de Quillebeuf-sur-Seine

30/04/2026

Sur les traces du port de Quillebeuf : circuit historique et nature

Cœur maritime discret, Quillebeuf-sur-Seine héberge, depuis le Moyen-Âge, des générations de marins, de passeurs et de pilotes. Nichée dans la « boucle du Vaudreuil », la ville veille sur l’un des passages fluviaux les plus fréquentés de l’histoire normande (Eure en ligne).

  • Départ : Place du Port, Quillebeuf-sur-Seine
  • Durée : 2h à 2h30 (7 km, facile)
  • Points forts : bac de Quillebeuf, phare à pans de bois, digue du Vieil Abreuvoir, vue sur la Seine large et sauvage

Le circuit emprunte d’abord la rue du Bac, lieu où accostaient jadis les gabarres. Au pied du phare (l’un des rares de style pans de bois en France), ne manquez pas la vue sur Honfleur et le pont de Normandie en toile de fond. En rejoignant les quais, on s’imprègne du passé voguant encore dans l’air salé : Quillebeuf a longtemps vécu du halage, les chevaux tiraient autrefois les navires montants – jusqu’à l’invention des remorqueurs à vapeur… Un panneau explicatif (devant l’ancienne capitainerie) retrace d’ailleurs cette épopée batelière.

Le chemin longe les prairies humides, frôle la digue du Vieil Abreuvoir (où les bêtes venaient boire à marée descendante) puis s’engouffre dans de petits bois traversés par les cris des mouettes. À la belle saison, on croise ici hérons, cormorans et parfois – chance inouïe – le vol rasant d’une sterne caugek.

Le sentier de la Seine maritime : Marais Vernier et mémoire du sel

À moins de 10 km au sud, le Marais Vernier déploie des paysages rares en Europe : une vaste tourbière, bordée de chaumières et peuplée d'oiseaux migrateurs. L’itinéraire pédestre « Entre Marais et Estuaire » vous emmène à la frontière entre terres douces et bras de mer, retraçant l’importance du sel et des petits ports de transbordement qui animaient jadis la région.

  • Départ : Aire de la Grand’Mare, Saint-Samson-de-la-Roque
  • Durée : 4h (14 km, boucle facile à modérée – attention terrain humide)
  • Points remarquables : Observatoire à oiseaux, digue du Grand Vieil, ancienne cabane de sauniers, panorama sur la Seine et la baie de Seine

En chemin, ne ratez pas la tour panoramique (ouverte à tous) qui offre une vue incomparable sur l’estuaire et son ballet de cargos. Le saviez-vous ? Du XVIIe au XIXe siècle, les marais étaient quadrillés de « salines » et de portillons où les bateliers chargeaient sel, poisson et foin (source : Parc Naturel des Boucles de la Seine Normande). Certains vestiges en pierre et les toponymes locaux, comme le « Port de la Crevette », témoignent de cette vie d’eau et de vase.

Randonnée entre phares et passes : la Boucle du Risle Maritime

La Boucle du Risle Maritime relie Pont-Audemer à l’estuaire, traversant des villages où la marée rythmait autrefois la vie. Les amateurs de patrimoine croiseront écluses, quais anciens et maisons de pilotes, tout en dégustant la singularité de ce territoire suspendu entre eau douce et eau salée.

  • Départ : Pont-Audemer, Office de Tourisme
  • Distance : 18 km (modérée, balisage GR de Pays, possible en VTT)
  • Points d’intérêt : Maisons à colombages de Pont-Audemer (« la Venise Normande »), écluse de Corbie, port d’Aizier, vestige de « tours à feu » (anciens phares), panorama à Bourneville

Pont-Audemer, avec ses canaux, mérite le détour : la ville fut célèbre pour ses tanneurs et ses artisans du cuir, alimentés autrefois par les péniches montant le fleuve. Au fil du sentier, on croise de vieilles bornes de halage et, à Aizier, une antique chapelle dédiée aux marins disparus en mer… Comme un rappel que la Seine n’a jamais séparé, mais relié terres et ports.

Grandes marées, petites histoires : boucle autour du port d’Honfleur

Sans délaisser le côté eurois du fleuve, un saut de bac vous mène à Honfleur, dont le vieux bassin, la jetée et le phare de l’Hôpital constituent un microcosme de l’histoire maritime normande (source : Musée de la Marine d’Honfleur).

  • Départ : Place Sainte-Catherine, Honfleur
  • Durée : 3h (9,5 km, boucle urbaine et portuaire)
  • Points marquants : Vieux bassin, phare de l’Hôpital, musée Eugène Boudin (évocations marines), jetée ouest, quai Sainte-Catherine

Cette marche urbaine vous plonge dans l’histoire des Terre-Neuvas : ces marins normands qui, du XIVe au XXe siècle, embarquaient pour pêcher la morue, direction Terre-Neuve… D’un quai à l’autre, Honfleur évoque aussi les débuts de la marine à vapeur, et, à la tombée du soir, son port d’échouage fait résonner quelques parfums salés typiquement normands.

Conseils pratiques pour randonner sur la trace du patrimoine maritime normand

  • Meilleures saisons : Le printemps (avril-juin) pour la floraison des marais, et l’automne pour profiter du calme après la haute saison
  • Équipement : Chaussures imperméables et jumelles (pour les oiseaux de l’estuaire), coupe-vent léger, carte IGN ou application locale (IGN Rando, Balades en Seine)
  • Sécurité : Attention aux grandes marées, au terrain glissant en hiver et au passage des bacs (pensez à vérifier les horaires ici : Seine Maritime.fr)
  • Patrimoine à ne pas manquer : Le phare de Quillebeuf (visite extérieure libre), le musée-atelier des bateliers (expositions temporaires), tours à feu d’Aizier, maison de l’estuaire du Marais Vernier
  • Bons plans gourmands : Rabattez-vous sur les terrines de poissons de Seine, camembert de Petit-Quevilly, et cidre fermier dans les petites auberges riveraines.

Le territoire vivant : anecdotes et saveurs maritimes

Quand on marche ici, impossible de faire l’impasse sur les petites anecdotes locales : la tradition veut qu’au bac de Quillebeuf, au XIXe siècle, les passeurs demandent « un sou pour le passe », et que les gamins du village se faufilaient à la nage pour éviter de payer. Dans le Marais Vernier, les chasseurs de canards utilisaient des trompes de corne pour signaler les brumes traînantes… Quant aux phares, l’écrivain Gustave Flaubert se plaisait à les décrire comme des « sourcils lumineux » qui veillaient au salut des marins.

Peu de territoires ont gardé une telle densité de traces maritimes. Par exemple, la Seine a compté jusqu’à 350 bacs en activité au XIXe siècle (Source : Musée Seine-et-Mer). Aujourd’hui, il n’en reste qu’une poignée – dont celui de Quillebeuf, moteur fidèle de la mémoire fluviale locale.

Perspectives : l’itinérance maritime, bien plus qu’une balade

Embrasser la randonnée maritime, c’est arpenter le passé vivant de la vallée de Seine, saluer phares, épaves, ports d’argile et grèves battues par la mer ou le vent. Cheminer sur ces sentiers, c’est comprendre la place de Quillebeuf et des villages voisins dans l’imaginaire nautique, la gastronomie, la solidarité locale. C’est aussi se donner une chance unique d’écouter, au détour d’un chemin ou d’un quai, les confidences murmurées par la brise et la marée.

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