Explorer la basse vallée de la Seine : itinéraires à travers marais et zones humides

19/03/2026

Un écrin méconnu entre terre et eau

Sur la carte de Normandie, la basse vallée de la Seine étend ses bras sinueux, louvoyant entre les rives calcaires du Roumois et les vastes marais qui, des portes de Quillebeuf-sur-Seine à la réserve du Marais-Vernier, sculptent un paysage à part. L’eau s’infiltre partout, ourlant les prairies, nourrissant les roselières, animant chaque saison par la présence discrète des oiseaux migrateurs, des grenouilles et des pêcheurs de l’aube. Découvrir ces lieux, c’est sortir des sentiers battus et marcher à la rencontre d’une nature vivante, patinée par l’histoire – celle des digues, des moulins à vent, des chemins de halage, des embarcadères d’antan. Si l’envie vous prend de longer ces immensités humides au rythme paisible de la marche ou à vélo, voici nos meilleurs itinéraires et nos conseils pour l’aventure.

Zones humides et marais de la basse vallée de la Seine : que découvre-t-on vraiment ?

Avant de chausser vos bottes ou d’enfourcher votre bicyclette, un mot sur ce que vous allez traverser. Ici, les marais alluviaux forment l’un des ensembles les mieux préservés de Normandie – et des plus emblématiques de la vallée de la Seine. Cette mosaïque de prairies inondables, de mares, de roselières et de bois détrempés est classée Zone Natura 2000, ce qui lui vaut une attention toute particulière en termes de protection de la biodiversité (voir document Natura 2000).

  • Le saviez-vous ? Le Marais-Vernier, à lui seul, couvre près de 4500 hectares et abrite plus de 270 espèces d’oiseaux recensées. Il présente la particularité d’être une ancienne boucle de la Seine, fermée au fil des dépôts de sédiments, qui a créé un microcosme unique – un immense miroir d’eau et de verdure, avec ses fameuses « chaumières » (maisons traditionnelles au toit de roseaux).
  • L’ensemble des marais de la basse vallée de la Seine (incluant Risle, Marais de Quillebeuf, Saint-Samson-de-la-Roque, la réserve de Saint-Aubin-sur-Quillebeuf) représente un tiers des surfaces humides du département de l’Eure (Préfecture de l’Eure).

Nos itinéraires « coups de cœur » à travers les marais

Le tour du Marais-Vernier : immersion totale

Point de départ classique pour qui souhaite une plongée en douceur (et en beauté !) dans la basse vallée de la Seine. Le circuit balisé du Marais-Vernier, long d’environ 28 km, peut se faire à pied ou à vélo. Il emprunte de petites routes ou chemins d’exploitation, parfaits pour observer la faune : hérons, cigognes blanches (visibles de mars à août), grues ou balbuzards.

  • Difficulté : Facile en vélo, moyen à pied (prévoir de bonnes chaussures ; terrain parfois gras surtout au printemps)
  • Départ conseillé : L’église Saint-Ouen de Saint-Samson-de-la-Roque ou le phare de la Roque
  • À ne pas manquer :
    • La maison du Parc naturel régional, ancienne ferme typique et centre d’interprétation du Marais
    • Le panorama du Phare de la Roque sur le méandre de la Seine
    • La Réserve naturelle du Marais-Vernier pour les ornithologues en herbe
    • Des points de vue magiques au printemps avec les iris jaunes et en automne, le passage des migrateurs

Balade sur le chemin de halage de Quillebeuf-sur-Seine à Tancarville

Un itinéraire pédestre ou cycliste qui fait rimer patrimoine et nature. De Quillebeuf, village rassurant avec ses maisons marinières alignées face au fleuve, partez vers l’est, en longeant le vieux quai. Sur plus de 9 kilomètres, le chemin serpente entre la Seine, les anciens quais, les zones de boires et marais, jusqu’à la majestueuse silhouette du Pont de Tancarville.

  • Intérêt : Observer la faune des bords de Seine (canards siffleurs, grèbes huppés, sternes pierregarin), découvrir un paysage fluvial préservé où pêcheurs à la ligne et oiseaux marins cohabitent dans une ambiance hors du temps.
  • Argument historique : Quillebeuf fut l’ultime port de mer de la Seine jusqu’au XIXe siècle ; on y croisait bacs, gabares et petits vapeurs, avant que le remblai ne gagne sur les marais (Archive départementale de l’Eure).
  • Petite astuce locale : Prévoyez un arrêt au port de Saint-Aubin-sur-Quillebeuf pour un café au pied du bac fluvial – typique du coin !

La boucle du Marais de la Grand’ Mare à Saint-Sulpice-de-Grimbouville

Plus confidentiel, mais fabuleusement sauvage : un petit parcours (environ 4,5 km) autour de la Grand’Mare, plus vaste mare naturelle de la région, pièce maîtresse d’une mosaïque de prairies humides classées site d’intérêt faunistique majeur.

  • Difficulté : Facile, boucle familiale
  • Départ : Parking de l’église de Saint-Sulpice ou depuis la maison de l’Estuaire
  • Coup de cœur nature : Nénuphars, libellules en juin-juillet, martin-pêcheur sur les troncs immergés
  • Le plus : Un observatoire ornithologique discret, aménagé pour les hirondelles de rivage

La promenade de la Risle maritime : Pont-Audemer à Montfort-sur-Risle

Ici, le parcours suit la Risle dans sa lente descente. À partir de Pont-Audemer, dit « la petite Venise normande », embarquez pour 13 km de pistes ponctuées de saules, d’anciens moulins à eau, et de prairies inondables jusqu’à Montfort-sur-Risle.

  • À voir : Écluses, passerelles, vieux lavoirs, chevaux de trait pâturant dans les prés, cigognes au printemps
  • Pour les férus d’histoire : Découvrez les « fossés d’étiers », ces petits canaux d’irrigation médiévaux – système ingénieux qui modela les marais actuels
  • Astuce : Rehaussez votre balade par une visite du Musée Canel, dédié à l’histoire fluviale de Pont-Audemer

À la découverte de la faune, de la flore et des curiosités locales

Impossible de parcourir ces marais sans poser un regard neuf sur la nature. Sur ces terres d’eau, la liste des espèces remarquables occupe souvent plus d’une page d’herbier ! Quelques rencontres probables :

  • Cigogne blanche, emblème du Marais-Vernier, avec près de 60 couples nicheurs chaque année (source : Ligue pour la Protection des Oiseaux, Normandie)
  • Butor étoilé – très rare et observable par les plus patients à l’aube, au cœur des roselières
  • Grenouille agile, triton crêté, crapaud calamite dans les mares temporaires
  • Flore des prairies humides : iris jaune, grande consoude, menthe aquatique, scirpe et sagne noirâtre

Pour les curieux, n’hésitez pas à interroger les anciens : le souvenir du passage des « boeufs glaneurs » (vaches pâturant dans l’eau quasi jusqu’au ventre) ou des pêches à l’ancienne avec épuisette traverse toujours les conversations. L’hiver voit encore parfois un brouillard de plaine se lever, recouvrant Quillebeuf d’un voile ouaté dont se souviendront les photographes matinaux.

Informations pratiques pour profiter des marais en toute sérénité

  • Période idéale : De fin avril à mi-juillet (floraison, oiseaux), puis septembre-octobre (lumières rasantes, moins de moustiques !)
  • Équipement : Bottes ou chaussures imperméables recommandées, jumelles pour l’observation, gourde (peu de points d’eau potable sur les itinéraires hors villages)
  • Règlementation : Respectez les zones balisées, limitez vos pas dans les roselières pour préserver nidification et habitats fragiles. Les chiens doivent être tenus en laisse à l’approche des bergeries et des réserves ornithologiques
  • Cartographie : Les circuits sont en grande partie balisés ; pour les extensions, voir topo-guides FFRandonnée Eure et guides du Parc naturel régional des Boucles de la Seine Normande
  • Accès : Parkings aménagés à Saint-Samson-de-la-Roque, Saint-Aubin-sur-Quillebeuf, Pont-Audemer (voir panneaux d’informations sur site)
  • Bon à savoir : Certaines parties du Marais-Vernier et de la Grand’Mare sont inondées quelques semaines par an : renseignez-vous sur leur praticabilité au préalable (mairie, Maison du Parc, Office de Tourisme)

Suggestions pour prolonger la visite : culture, histoire, terroir

En longeant ces zones humides, pensez à faire halte dans les villages qui bordent les marais :

  • Saint-Samson-de-la-Roque : pour son petit port, son phare accessible et ses églises à poutres apparentes
  • Saint-Sulpice-de-Grimbouville : réputé pour son architecture de colombages et ses jardins d’eau
  • Pont-Audemer : dédale de canaux, tanneries d’époque et fameux marchés du samedi matin, où déguster cresson ou fromages locaux
  • À la ferme : Lait cru, fromages affinés, pommes et cidre fermier, produits dans les clos-masures traditionnels (voir marché de Quillebeuf le mardi matin)

Pour saisir « l’esprit des lieux », il faut s’attarder – le temps d’un lever de brume ou d’un coucher de soleil sur les prés humides, lorsque tout s’apaise et que la Seine, paisible et imposante, raconte encore les aventures de ses mariniers et pêcheurs.

Savourer la vallée autrement

On ne parcourt pas la basse vallée de la Seine comme on avale une autoroute. Ici, c’est le pas qui guide l’œil, l’oreille et le cœur. Les zones humides, leurs oiseaux farouches, leurs villages tranquilles offrent une expérience intime, presque secrète, du patrimoine naturel du territoire. Alors, que vous soyez amateur de balades contemplatives, passionné d’ornithologie ou simple curieux avide de paysages hors-norme, les marais de Quillebeuf à Pont-Audemer n’attendent que vos pas.

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