Au fil des routes panoramiques : Du port de Quillebeuf aux confins du Marais Vernier

26/02/2026

Introduction : Entre Seine et Marais, partir à la recherche de vues inoubliables

Il suffit de quitter la tranquillité des ruelles pavées de Quillebeuf-sur-Seine et de s’aventurer vers le Marais Vernier pour que le paysage se transforme, presque imperceptiblement. Cette partie de l'Eure, nichée à l’extrémité du parc naturel régional des Boucles de la Seine normande, n’a rien à envier aux panoramas plus célèbres du littoral. Routes sinueuses, digues étroites, côtes boisées, points de vue perchés, chemins de halage… En quelques kilomètres, on traverse une mosaïque de décors : ici la majesté du fleuve, là la douceur du marais, plus loin les reliefs insoupçonnés du Plateau de Saint-Samson.

Mais quelles routes valent vraiment le détour quand on cherche à en prendre plein les yeux entre Quillebeuf et le Marais Vernier ? Voici un guide vivant et documenté, ponctué de repères historiques, d’anecdotes et d’incontournables pour découvrir cette Normandie discrète.

Le Bac de Quillebeuf : la porte d’entrée sur l’horizon

Le point de départ s’impose de lui-même : à Quillebeuf, le bac – gratuit et toujours vaillant – traverse la Seine depuis des siècles. Déjà, en quelques minutes, il offre un spectacle à 360° sur le cours du fleuve et les berges tamisées par la lumière normande.

  • Un panorama fluvial unique : Depuis l'embarcadère, la vue s’ouvre sur les quais, les maisons du 18e siècle, le phare blanc et rouge (le dernier du fleuve Seine, classé), et la large embouchure vers le Havre. Par beau temps, on distingue parfois les silhouettes des gros navires remontant l’estuaire.
  • Un bac chargé d’histoire : Saviez-vous que cet embarcadère existe depuis au moins le XIIIe siècle ? Les archives notent qu’il a permis la traversée à des rois, des pèlerins, des marchands, et servait notamment à la desserte du chemin du sel. La traversée (moins de 10 min) prépare déjà à la lenteur bienheureuse du Marais Vernier.

Sources : Normandie Tourisme.

Itinéraire 1 : La D810, route en balcon sur la Seine

À la sortie de Quillebeuf, la D810 grimpe vers le sud, dessinant en hauteur un vrai balcon naturel sur le fleuve. Cette route, peu fréquentée, conjugue quiétude et points de vue saisissants.

  • La Côte de Saint-Samson-de-la-Roque : À mi-parcours, un arrêt s’impose près du belvédère de Saint-Samson-de-la-Roque (coordonnées GPS : 49.499743, 0.442067). De là, un panorama spectaculaire s’étend de la boucle de la Seine jusqu’aux portes du pays d’Auge. Par temps clair, le pont de Tancarville découpe l’horizon ; à l’aube, la lumière sublime la courbe du fleuve.
  • Une halte nature et patrimoine : La D810 longe des pâturages, borde des petits bois où sévissent hérons et aigrettes, et traverse des hameaux où persistent quelques belles chaumières aux toits ourlés.
  • Curiosités : Sur la commune de Saint-Samson, le phare (haut de 17m, construit en 1862) signale l’histoire portuaire du secteur. La visite, libre, réserve d’ailleurs une vue à 360° sur tout le Marais Vernier, les falaises de la rive gauche de la Seine et, par beau temps, les cheminées industrielles du Havre.

Sources: Mairie de Saint-Samson-de-la-Roque.

Itinéraire 2 : Les petites routes diguées du Marais Vernier

L’étape suivante consiste à descendre côté sud pour emprunter la D104 puis les pistes diguées. Ici, on pénètre dans le cœur du Marais Vernier : vaste cuvette d’origine naturelle gagnée sur l’ancien méandre de la Seine (près de 4500 ha, soit la plus grande tourbière de France selon le Parc naturel régional).

  1. D104 et D21 : immersion totale : Ces routes ciselées dessinent la frontière entre le marais, ses saules têtards, ses prairies humides, et les anciennes huttes de briques et chaumières à pans de bois.
    • Observation ornithologique : Entre novembre et avril, on peut ici observer des milliers d’oiseaux migrateurs : canards siffleurs, cigognes, voire balbuzards pêcheurs. Les jumelles sont conseillées !
    • Patrimoine rural : De petits ponts de pierre à dos d’âne rappellent le passé agricole et la conquête séculaire de ces terres inondables. La région était autrefois réputée pour ses élevages de chevaux mulassiers et la production de tourbe.
  2. La Route des Chaumières : Petite boucle à ne pas manquer, entre Bouquelon et Vieux-Port, cette route déroule un ballet de toits de chaume fleuris d’iris, image d’Epinal de la Normandie — mais ici ancrée dans une tradition vivante. De nombreux habitants entretiennent leur toit manuellement avec de la paille de seigle locale.

Sources: PNR Boucles de la Seine Normande, Marais Vernier.

L’itinéraire paysage : la Côte des Deux-Amants depuis le Plateau

Pour saisir la diversité des reliefs, une incursion par la D40 s’impose. Cette route grimpe sur la bordure ouest du Marais Vernier et offre, depuis ses points hauts, des vues amples sur la cuvette humide et les rubans de peupliers bordant les anciens fossés.

  • Le point de vue du Panorama de la Grand’Mare : Situé près d’une ancienne motte féodale, ce site permet de saisir la géographie du marais — véritable amphithéâtre naturel, formé lors du retrait du fleuve à l’ère post-glaciaire. L’hiver, on aperçoit souvent les marées blanches (envols de milliers d’oies cendrées qui hivernent ici chaque année).
  • Ambiance bocagère : La D40 traverse également de petites forêts de chênes et hêtres, propices à une halte pique-nique ou une promenade à l’ombre, notamment au printemps, lorsque la forêt est tapissée d’anémones sylvie.

Anecdote : le secteur fut un haut-lieu du braconnage à l’anguille jusque dans les années 1960. Les anciens racontent de belles histoires de pêche au carrelet au clair de lune…

Parcours à vélo et à pied : labyrinthe entre eau et ciel

Pour les amateurs de tourisme doux, plusieurs boucles vélo et sentiers pédestres permettent de s’imprégner de la beauté des lieux en toute tranquillité.

  • Le Circuit du Marais Vernier à vélo : 21 km, balisé, parfait pour une exploration à la journée. On suit la D104, puis les digues, en passant par la Maison du Parc (musée, point info, expo faune/flore).
  • Le sentier du Littoral : Ce parcours piéton longe les anciens bras de Seine, frôle les roselières et permet d’approcher sans bruit les grandes familles de cygnes et de hérons.

Conseil : privilégier la saison printanière ou l’automne, pour profiter des lumières rasantes et de la sérénité du marais (la route étant parfois inondée en hiver).

Sources : Ornitho.fr pour l’observation des oiseaux, Normandie Rando pour les tracés pédestres et cyclables.

Petites haltes et grands points de vue : nos coups de cœur

  • Le belvédère de la Mare Saint-Samson (parking, tables, orientation) – vue sur tout le Marais, paysages changeants selon l’heure du jour.
  • L’église Saint-Ouen du Marais-Vernier : Magnifique charpente en châtaignier du XVIe siècle, positionnée sur une butte pour éviter les crues, avec un panorama apaisant sur la ceinture de prairies.
  • Le pont de Brotonne vu depuis Vieux-Port : Ici, la Seine s’étale en méandres larges, atmosphère de bout du monde. Au coucher du soleil, le reflet du pont sur le fleuve justifie à lui seul le détour.
  • La chaumière du Clos Normand à Bouquelon : Maison typique visitable, richement décorée, racontant la vie des artisans-chaumiers (voir Office de Tourisme de Pont-Audemer).

Conseils pratiques pour savourer les panoramas

  • Pensez aux horaires du bac : variable selon la saison (info actualisée sur Seine Maritime).
  • Attention à la météo : le marais est parfois brumeux matin et soir, rendant les routes glissantes (passez alors par Saint-Samson et privilégiez les points hauts).
  • Pique-nique et jumelles recommandés : Peu de restaurants en route, mais de nombreuses aires naturelles et spots d’observation.
  • Respectez la faune ! : période de nidification de mars à juin, gardez vos distances avec les prairies humides et lisières de roseaux.

Évasion, culture et lumière normande : à chaque route son horizon

Qu’il s’agisse de serpenter sur les routes en surplomb de la Seine, de traverser les marais sur une digue bordée de saules, ou d’observer la lumière du soir tomber sur les chaumières, le trajet entre Quillebeuf et le Marais Vernier façonne une expérience hors du temps. Bien sûr, chaque saison nuance le paysage : l’automne dore les peupliers, le printemps repeint les prés en vert tendre, l’été offre un ciel immense piqueté de cigognes.

Entre héritage maritime, traditions rurales et nature préservée, ces routes dévoilent une Normandie que peu de voyageurs prennent le temps de contempler. Ici, c’est la patience qui est récompensée : celle d’arpenter, de regarder, de humer l’air du large et l’odeur de la terre noire. Sans folklore ni cliché, ce territoire se donne à qui ose sortir de l’axe principal — et chaque virage réserve, dans la surprise d’un éclairage, le souvenir d’une lumière unique.

Pour préparer votre itinéraire, n’hésitez pas à consulter les plans du Parc naturel régional des Boucles de la Seine normande (pnr-seine-normande.com), et à vous laisser guider par le hasard : parfois, la plus belle vue surgit au détour d’un vieux chemin creux, ou d’un arrêt imprévu près d’un talus fleuri.

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