Balades à vélo : explorer la Seine et son estuaire, entre paysages et patrimoine

Tourisme à Quillebeuf et au Fil de l’Eure

Le grand balcon normand : de Quillebeuf à Honfleur, au fil de l’eau

Dans le cœur du territoire, la véloroute aménagée sur la Véloroute Vallée de Seine à vélo (Seine à Vélo - V33) offre l’un des parcours les plus agréables de la région, longeant les berges du fleuve du côté Quillebeuf-sur-Seine jusqu’à Honfleur, en passant par Berville-sur-Mer.

Le départ depuis Quillebeuf, village maritime au riche passé de pilotes et de passeurs, se fait devant l’estacade et la chapelle des Marins. Suivez la rive sud en direction du pont de Tancarville : le fleuve s’élargit, les « mottes » (ilots de vase) attirent hérons et cigognes, tandis que des panaches de brume matinale flottent sur l’eau aux premières heures.

Au printemps, les rives de la Seine résonnent du chant de nombreux oiseaux migrateurs : grèbes, martins-pêcheurs, goélands et cormorans s’offrent en spectacle sur les longues plages de galets qui affleurent à marée basse (sources : Parc naturel régional des Boucles de la Seine Normande). La halte à Berville est l’occasion d’observer ces paysages « à l’aquarelle » que les impressionnistes, de Monet à Jongkind, photographiaient déjà au XIXe siècle.

Le parcours atteint une apogée visuelle à l’arrivée sur la Côte de Grâce, avant d’aboutir à Honfleur, face à l’estuaire. Les lumières dorées, l’odeur des pommiers en fleur, et la douceur des chemins font de cette balade une expérience sensorielle complète.

Les panoramas du Marais Vernier : vélos, oiseaux et tourbières

Autre itinéraire phare – et probablement l’un des plus dépaysants – le tour du Marais Vernier, grande dépression formée par un ancien méandre de la Seine, classée réserve naturelle.

Prendre la direction de Saint-Samson-de-la-Roque : vous apercevrez bientôt les premières chaumières traditionnelles, avec leurs toits de roseaux coiffés d’iris violets au printemps. Après quelques kilomètres, arrêtez-vous au sommet de la route des Chaumières. C’est l’un des points culminants pour embrasser du regard tout l’estuaire, du pont de Tancarville jusqu’aux silos et balises à l’embouchure.

Ici, la diversité écologique est remarquable : plus de 230 espèces d’oiseaux recensées (sources : LPO Normandie). Cigognes blanches, spatules et busards cendrés partagent les roseaux avec d’innombrables canards souchets. Ces paysages jadis façonnés par la main de l’Homme – culture des roseaux, pâturages sur « la motte », fauches pour le chaume – conservent aujourd’hui une authenticité unique.

Poursuivre vers le Phare de la Roque (construit en 1862, hauteur : 17 m, témoin du passé maritime local) coûte une courte montée, mais la vue en surplomb est saisissante sur la réunion de trois mondes : marais, Seine maritime, collines du Roumois.

Cap sur le pont de Normandie : sous l’arche géante

Pour les amateurs de défis, pédaler jusqu’au Pont de Normandie offre une expérience à part. Peu d’ouvrages en France rivalisent avec ce géant de béton et de câbles (2 141 m de long, record mondial lors de son inauguration en 1995 ! – sources : pontenormandie.fr). Une piste cyclable sécurisée sur le tablier nord permet de franchir la Seine « en lévitation » et d’admirer le va-et-vient des navires entre mer et fleuve.

La sensation de dominer la Seine, avec vue imprenable sur la ville blanche du Havre d’un côté, l’éventail verdoyant du Marais Vernier de l’autre, et l’estuaire s’ouvrant sur la mer est incomparable. Sous le pont, la réserve ornithologique du Grand Banc accueille hérons, cygnes et parfois phoques gris à marée basse.

Secrets de chemins : petites routes et points de vue cachés

À l’écart des grands itinéraires, la campange quilleboise regorge de petites routes confidentielles, véritables chemins de traverse propices à la découverte de panoramas insolites.

À chaque détour, un ponton oublié, un ancien cabestan, une borne « VNF » (Voies Navigables de France) rappellent la vie du fleuve : ses passages, ses dangers, la mise en valeur du territoire par la navigation et le commerce du sel ou du bois au XIXe siècle (source : Archives départementales de l’Eure).

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Petites histoires en selle, sur la route de la Seine

Au-delà des paysages, chaque vélo croisé sur la rive a son histoire. Demandez au doyen du village, il vous parlera de l’époque où l’on transportait les sabotiers et leurs outils en bac, ou des nuits où les mouettes signalaient la crue, obligeant les bergers à rapatrier le troupeau en barque depuis la berge du Marais Vernier.

Aujourd’hui, les balades à vélo sont aussi un moyen de renouer avec ces traditions : on s’arrête, on discute, on prend le temps d’observer les vaches paisibles, les pêcheurs aux carrelets. En fin de parcours, on s’assied sur les bancs du port, face à l’estuaire, et l’on comprend pourquoi tant de peintres, de photographes mais aussi de promeneurs anonymes ont posé leur regard ici.

La Seine et son estuaire, à deux roues, se livrent dans une étonnante diversité de paysages, de points de vue et de lumières. Le vélo est assurément le meilleur moyen de révéler la part secrète de ce territoire : entre nature, patrimoine et rencontres, il ne reste plus qu’à enfourcher sa monture… et ouvrir les yeux !

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