La Seine à Quillebeuf : à la rencontre des bateaux d’antan

Tourisme à Quillebeuf et au Fil de l’Eure

Un port stratégique sur la Seine – Le carrefour de la Normandie

Difficile d’imaginer aujourd’hui l’intense activité qui régnait sur la Seine et à Quillebeuf, jadis principal point de passage entre les deux rives du fleuve. Jusqu’au XIX siècle, la route terrestre était peu praticable : le fleuve était roi. Quillebeuf, à égale distance entre Rouen et l’estuaire, était le site rêvé pour franchir ou remonter la Seine, profitant d’un chenal profond et de courants puissants mais navigables (Revue Géographique de l’Est).

C’est ce qui fit de Quillebeuf une porte d’entrée pour toute la basse Seine, avec une activité portuaire aussi variée qu’inattendue pour un si petit bourg : du transport de marchandises en vrac jusqu’aux caboteurs transportant poisson, bois, sel ou pierres.

Les bateaux typiques de la Seine à Quillebeuf

1. Les gabares : bois, sel, et 3 voiles au vent

La gabare, c’est la "camionnette de la Seine" d’antan. Longue de 15 à 25 mètres, à fond plat — pour éviter de talonner dans les zones à faible tirant d’eau — cette robuste embarcation à voile transporte tout ce dont Rouen, Paris ou Le Havre peuvent avoir besoin. A Quillebeuf, les gabares faisaient escale pour charger le sel de paludiers rouennais, ou décharger les futailles de vin venues d’Espagne (utilisant la Seine jusqu’à Paris puis la Marne). Elles sont mentionnées dans les archives portuaires dès le XVII siècle (Annales de Normandie).

2. Les chalands : bêtes de somme du fleuve

Contrairement aux gabares, les chalands de Quillebeuf n’ont pas besoin de voiles : ils avancent au gré du courant… ou tirés "à la bricole" par des chevaux, depuis la rive. Ce sont les incontournables pour le transport du charbon, du bois de chauffage, de la pierre (particulièrement le "caillou de Creil" pour la reconstruction après l’incendie de Rouen, 1725).

3. Le bac de Quillebeuf : institution séculaire

Incontournable : le bac fait la fierté locale, et ça dure depuis… au moins le Moyen Âge ! Jadis, il s’agissait de simples barques à rames, puis de grandes "barges" à rames complétées de voiles, capables d’emporter diligences, bestiaux, voyageurs… et plus tard, charrettes et voitures. Le premier bac à vapeur apparaît ici en 1837.

4. Brigantines, lougres, goélettes… et même des paquebots

Quillebeuf voit aussi passer, dès la fin du XVIII siècle, une étonnante variété de navires, dont certains océaniques remontaient la Seine jusqu’à Rouen : brigantines anglaises, goélettes flamandes, lougres normands ou même—à la Belle époque—paquebots à roue se dirigeant vers Le Havre. Des "vapeurs" effectuaient, dès 1836, la navette Paris-Honfleur ou Rouen-Le Havre avec escale à Quillebeuf (Source : BNF Gallica).

La vie au rythme des marées et des saisons

Quillebeuf, c’était un petit monde où l’on vivait au diapason du fleuve. Les bateaux n’étaient pas seulement des moyens de transport ou de commerce : ils rythmaient les métiers (mareyeurs, charpentiers de marine, pilotes, pêcheurs à la mulette ou à l’alose), l’école buissonnière des enfants qui venaient observer la "crue du siècle", les drames aussi quand le brouillard ou les lames jouaient des tours...

Un chiffre révélateur : entre 1840 et 1870, la capitainerie de Quillebeuf a enregistré plus de 2600 mouvements de bateaux à l’année (à titre de comparaison, Port-Jérôme aujourd’hui accueille moins de 300 navires de commerce/an).

Des bateaux à vapeur aux premiers remorqueurs : le XX siècle en marche

Avec la révolution industrielle, la Seine change de visage : place aux vapeurs, aux remorqueurs, aux barges métalliques remorquées, tirant jusqu’à 1200 tonnes de marchandises d’un seul convoi. Quillebeuf reste une étape technique (on y refait le plein de charbon, on change de pilote, on "met en route" pour Paris ou Rouen).

Aujourd’hui, le souvenir des anciens navires subsiste dans les noms de rues ("quai des Mariniers", "rue du Bac", "rue des Gabarres"), dans la mémoire des habitants et lors de la fête annuelle du passage d’eau.

Conseils pratiques pour explorer le patrimoine fluvial de Quillebeuf

Quillebeuf, port d’estuaire et mémoire vivante

De la modeste barque d’un pêcheur d’alose aux pontons couverts de passagers du bac, des gabares balançant au vent aux vapeurs haletants, Quillebeuf offre une lecture unique de l’histoire fluviale normande. Peu d’endroits sur la Seine ont connu une telle diversité de bateaux, et gardé vivante la mémoire de ce passage incessant du monde sur le fleuve. Venez, flânez sur le quai à marée montante, prêtez l’oreille : vous reconnaîtrez peut-être, sous la brise, la voix des vieux capitaines évoquant le passage des voiliers blancs entre mer et rivière…

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