Un circuit à pied pour explorer le cœur rural de Quillebeuf-sur-Seine et ses environs

21/11/2025

Une randonnée champêtre, au fil de la Seine et du bocage normand

Impossible de résister au charme tranquille de Quillebeuf-sur-Seine, ce port paisible posé sur la rive gauche du fleuve. Mais pour en saisir toute l’âme, rien ne vaut de quitter ses ruelles et d’arpenter les sentiers qui serpentent ses campagnes. Car autour de Quillebeuf, c’est tout un pan du patrimoine rural normand qui se dévoile à qui sait prendre le temps : bocages épais, petites routes bordées de pommiers, corps de ferme séculaires… et de superbes panoramas sur la vallée de la Seine.

La boucle pédestre dite « du Patrimoine rural et fluvial », longue d’environ 11 kilomètres au départ du centre de Quillebeuf, propose justement cette immersion privilégiée. Elle épouse les traces du passé — celles des mariniers, des paysans et des pêcheurs — tout en invitant à la contemplation des paysages d’aujourd’hui.

Ce parcours, balisé officiellement par la communauté de communes Roumois Seine (topoguide « Balades en Roumois et Bord de Seine » – Eure Tourisme), est accessible à pied toute l’année. Il s’adresse aux marcheurs curieux, plus qu’aux randonneurs sportifs. Prévoyez 3h30 à 4h de balade, un petit pique-nique du marché et votre sens de l’observation !

Point de départ : le cœur du port de Quillebeuf-sur-Seine

Un conseil : commencez la boucle depuis la place Georges-Motte, à deux pas de l’église Saint-Valéry, joyau bâti entre les XIVe et XVIe siècles (classée Monument historique). Jetez un œil attentif à la tour-lanterne de l’église : l’amer qui guidait autrefois les navires remonte le cours du fleuve jusqu’à Rouen (source : Base Mérimée).

Avant d’enjamber la digue, laissez-vous surprendre par les anciennes maisons de pilotes et de pêcheurs, dont les enseignes évoquent encore aujourd’hui les « commères » (nom donné aux épouses de marins sur la Seine). Le bac de Quillebeuf, qui fait la navette gratuite vers Port-Jérôme, rappelle la vocation fluviale du village et perpétue une tradition remontant… au Moyen Âge !

Entre Seine et Marais : longer les vieux prés salés

Dès la sortie du village, le sentier s’efface sous les pieds pour laisser place à la nature : entre prairies humides et marais, ce sont des hectares d’herbes hautes et de petites mares, anciennes “rivières mortes” de la Seine, qui forment un écosystème unique. Ici, dès le printemps, les orchidées sauvages parsèment les talus : on y recense jusqu’à 8 espèces différentes sur la zone Natura 2000 du Marais Vernier-Estuaire de la Seine (source : Observatoire de la Biodiversité en Normandie, 2022).

À écouter : le chant des vanneaux huppés, sternes et courlis est omniprésent. Dans la lumière rasante du soir, vous surprendrez peut-être, à fleur d’eau, le vol discret d’un martin-pêcheur ou d’une poule d’eau.

Curiosité locale : les « prés salés »

Ce sont de vastes prairies littorales où la montée des eaux lors des grandes marées remonte à l’intérieur des terres. Jusque dans les années 1950, on y menait paître chevaux et vaches — la viande « de marais » était alors réputée dans toute la vallée, et portait un arôme délicatement « iodé ». Plusieurs exploitants agricoles perpétuent aujourd’hui la tradition de l’élevage extensif sur ces parcelles (source : INRAE, dossier « Pratiques rurales en zone humide »).

Sur les chemins du bocage : haies, vergers et fermes cachées

Le circuit quitte le Marais pour s’enfoncer dans les terres par d’anciennes routes de haleine, ces voies rurales servant jadis aux charrois de foin et de blé. Ici, la balade est un voyage dans la Normandie traditionnelle :

  • Haies bocagères : véritables « corridors écologiques », ces haies multi-centenaires abritent piverts, rongeurs et insectes — essentiels à la préservation de la biodiversité locale. La Normandie a perdu près de 30 % de ses haies depuis 1950, mais autour de Quillebeuf, nombre de ces enclos sont protégés et entretenus.
  • Verger de pommiers haute-tige : impossible de traverser le Pays d’Auge sans croiser la silhouette tortueuse des pommiers. Au printemps, la boucle devient un enchantement de fleurs blanches ; en fin d’été, c’est la chasse aux pommes à cidre, qui fait la fierté des producteurs locaux (essentiellement les variétés Avrolles, Douce Moen et Fréquin Rouge, selon la Chambre d’Agriculture de l’Eure).
  • Corps de ferme en torchis et colombages : la balade traverse hameaux oubliés où subsistent de magnifiques granges et longères (souvent du XVIIIe siècle). Ouvrez l’œil : nombre de linteaux de portes sont gravés aux initiales de leurs bâtisseurs, témoignant d’une ruralité encore fière de ses savoir-faire.

Petites histoires et patrimoine vivant sur la boucle

La campagne de Quillebeuf regorge de traces du passé rural, souvent insoupçonnées pendant la balade. Quelques anecdotes à ne pas manquer :

  • Le calvaire des Naufrageurs : Sur le chemin des Sables, un petit calvaire marque le souvenir d’une époque (XVIIIe siècle) où certains habitants, dit-on, allumaient des feux pour attirer les navires sur les bancs de sable, motivés plus par la misère que par la méchanceté (source : Archives départementales de l’Eure, dossier « Flibuste sur la Seine »).
  • Lavoir de Vaucelles : À mi-chemin, cherchez le vieux lavoir communal, restauré par l’association locale. Jusqu’aux années 1950, chaque ferme venait y lessiver le linge, et le site fait aujourd’hui l’objet d’une balade pédagogique sur les usages de l’eau dans la ruralité normande.
  • Le chêne centenaire de la Mare-aux-Loups : arbre phare sur la deuxième moitié du parcours, mentionné dans les cadastres depuis 1821. D’après la tradition orale, c’est là que se réunissaient autrefois les batteurs en grange à l’automne, pour le partage du cidre nouveau et des histoires de campagne.

Conseils pratiques pour cette boucle à pied

  • Accès : Parking sur la place Georges-Motte (face à la mairie), accès transports via ligne de bus Pont-Audemer/Honfleur (arrêt Quillebeuf-centre).
  • Balisage : Circuit balisé jaune (balisage PR), topo disponible sur le site de l’Eure Tourisme ou à l’office de tourisme de Montfort-sur-Risle.
  • Équipement : Chaussures de randonnée recommandées (terrain parfois gras en hiver), jumelles pour observer les oiseaux, bouteille d’eau.
  • Aires de pique-nique : Plusieurs bancs et tables sur le port et près du lavoir de Vaucelles.
  • À éviter : La saison de la chasse (octobre à février) sur certains tronçons bocagers — bien rester sur les sentiers balisés.

Autour de la boucle : initiatives locales et prolongements

Envie de prolonger la découverte ? De nombreuses animations complètent la balade autour de Quillebeuf :

  • Printemps des Vergers : chaque année en avril, portes ouvertes dans les vergers alentour et ateliers greffage organisés par l’association Patrimoine & Paysages.
  • Journées du Patrimoine rural : visites guidées de fermes traditionnelles, dégustation de fromages d’appellation (Camembert, Livarot), exposition sur les outils agricoles anciens à la Maison du Parc du Marais Vernier.
  • Fête du Bac : en juin, embarquez gratuitement pour une traversée commentée de la Seine, à bord du mythique bac de Quillebeuf.
  • Biblio-rando : la bibliothèque municipale propose des sacs de livres sur la ruralité et le fleuve, à emporter pour accompagner (ou prolonger) votre balade.

L’appel du chemin : une Normandie authentique à portée de pas

Cette boucle pédestre permet de renouer avec le vrai visage de la campagne normande, celui où la nature n’est jamais loin de la main de l’homme. Paysages envoûtants, histoires du quotidien, productions locales savoureuses : il ne vous reste qu’à vous chausser et partir sur les traces de ce petit patrimoine si vivant et parfois méconnu… Le long du chemin, chaque détour promet son lot d’émotions et de découvertes, pour qui ose pousser la porte du bocage.

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