Le chemin des polders près d’Aizier : randonnée d’été sur des terres gagnées sur l’eau
Entre Aizier et les lisières du Marais Vernier, le chemin des polders dessine une marche singulière dans l’estuaire de la Seine. Ici, la terre n’a rien...
Tourisme à Quillebeuf et au Fil de l’Eure
Quand vient l’envie de parcourir la Route des Chaumières, ce serpentin bucolique entre Quillebeuf-sur-Seine et Vieux-Port, une première question s’impose : où commence vraiment cette promenade hors du temps ? La légende régionale, parfois relayée en brochures, suggère qu’il suffirait de suivre la Seine et de se laisser guider par les toits de chaume. Mais la réalité est un peu plus subtile, et c’est justement ce charme discret que la vallée cultive depuis des siècles.
Depuis plusieurs dizaines d’années, la Route des Chaumières attire visiteurs et photographes en quête de paysages authentiques. Elle s’étire sur une vingtaine de kilomètres, reliant Quillebeuf-sur-Seine, le petit port à l’embouchure de la Risle, à Vieux-Port, presque face à Tancarville. Le point de départ officiel se situe traditionnellement à Quillebeuf… mais de l’avis des habitants, le vrai voyage commence bien avant. Au fil des virages, chaque promeneur trouve son propre seuil.
Cette ambiguïté sur le point de départ n’est pas qu’anecdotique : elle fait partie de l’âme de l’itinéraire. Ici, on commence surtout par le plaisir d’ouvrir l’œil, et de ralentir.
Construire en chaume, ici, n’a rien d’un folklore. Cette technique naît des contraintes du terroir : il fallait autrefois tirer parti de chaque ressource locale. Si aujourd’hui, la Normandie ne revendique plus autant de toits de paille qu’au XIXe siècle, le parcours Quillebeuf–Vieux-Port reste l’un des derniers bastions où l’on peut admirer en liberté cette architecture vernaculaire.
Amateurs d’insolite, ne manquez pas la chaumière dite “aux volets rouges”, juste à la sortie de Quillebeuf. Selon la tradition orale, elle aurait abrité des douaniers surveillant les marchandises sur la Seine.
Pour découvrir la Route des Chaumières, pas besoin de carte au trésor, mais quelques repères utiles changent tout. La route, balisée D810 et D982, sillonne les prés humides et les bosquets, au plus près de la Seine. On peut la parcourir à vélo, en voiture, ou même à pied par tronçons (les amateurs de randonnée y trouvent leur bonheur – 8 à 12 km de marche selon l’appétit).
À vélo, prévoyez deux heures sans forcer ; à pied, la boucle la plus pittoresque (Quillebeuf, Saint-Aubin, Vieux-Port, retour par le marais) demande trois bonnes heures, pauses comprises.
Ces routes de campagne, aujourd’hui si paisibles, étaient autrefois le théâtre de voyageurs harassés, d’artisans du fleuve, de contrebandiers profitant des méandres et du brouillard. Peu le savent, mais le marais de Quillebeuf recelait au XIXe siècle des “carreaux”, ces petits quais d’embarquement secrets, utilisés pour charger en cachette le fameux beurre normand (source : Musée de la Marine de Seine, Caudebec).
Côté patrimoine naturel, ouvrez l’œil : hérons cendrés, cigognes et buses jalonnent la balade. Au printemps, on entend parfois jusqu’à cinq espèces de grenouilles à la fois. Les botanistes amateurs peuvent chercher les touffes de l’étonnante osmonde royale, fougère géante des milieux humides.
On rapporte que Jacques Prévert, qui fréquentait les bords de Seine à la fin des années 1940, aimait flâner dans cette portion, posant parfois carnet sur un muret. “Ici, tout a le temps”, disait-on entre Quillebeuf et Vieux-Port.
Le circuit des Chaumières ne s’initie réellement ni à Quillebeuf, ni à Vieux-Port, mais bien dans le regard de celui qui s’y aventure. Arpenter ce tracé, c’est entrer dans une Normandie intime, aux maisons vivantes et à la beauté fragile : celle des toits de chaume, du miroir de la Seine, du bruissement des roseaux.
Là, la tentation d’un détour, d’un arrêt sur les quais ou à l’ombre d’un pommier, fait partie du voyage. Entre Quillebeuf et Vieux-Port, le patrimoine ne se résume pas au bâti : il est aussi dans les chemins creux, dans le sourire des habitants, dans la lumière sur les pierres. Au fil des saisons, chaque traversée donne à voir une autre Normandie – qui, à force d’être traversée, finit par s’offrir.
Sources : Parc naturel régional des Boucles de la Seine Normande ; Service Patrimoine de l’Eure ; DRAC Normandie ; Musée de la Marine de Seine (Caudebec) ; Office de Tourisme du Pays du Roumois.