Chemins de halage sur la Seine : Balades insoupçonnées entre Quillebeuf et Aizier

09/03/2026

Comprendre l’esprit des chemins de halage entre Eure et Seine

L’histoire du chemin de halage est indissociable de la Seine. Dès le Moyen-Âge, il fut le théâtre des lentes remontées de péniches tirées à la force des chevaux, puis des hommes, parfois même, pour les plus téméraires, à la seule puissance humaine (source : Parc naturel régional des Boucles de la Seine Normande). Entre Quillebeuf et Aizier, il s’agit de l’un des tronçons les plus authentiques du fleuve - une passerelle vivante entre nature, patrimoine et mémoire locale.

  • Halage : Pratique de tirer les bateaux à l’aide d’animaux ou de personnes, via un chemin aménagé le long du fleuve.
  • Nature préservée : Ici, la faune locale profite d’un couloir sans voiture, entre peupliers, roseaux et cressonnières.
  • Vieux bâti : Anciennes bornes, maisons d’éclusier et abris de passeurs témoignent du passé portuaire de Quillebeuf.

Comment accéder au chemin de halage depuis Quillebeuf-sur-Seine ?

Pour bien commencer la promenade, il suffit de se diriger vers le port de Quillebeuf. Au nord du bac (célèbre traversée gratuite entre Quillebeuf et Port-Jérôme sur la rive opposée), on trouve un accès direct au chemin, parfaitement fléché. Les lieux sont adaptés tant aux marcheurs confirmés qu’aux familles en quête de balade tranquille.

  • Point de départ : Quai de la Seine, Quillebeuf-sur-Seine
  • Stationnement : Parking public gratuit du port
  • Conseil : Privilégier des chaussures de marche imperméables en hiver ; en été, la rive se pare de fleurs sauvages.

Un fait peu connu : la portion du chemin de halage entre Quillebeuf et Saint-Aubin-sur-Quillebeuf, certes un peu ombragée, abrite une collection discrète de repères du nivellement général de la France. Ces vieilles bornes pierreuses racontent encore les heures sombres de la crue de 1910.

Le parcours détaillé : paysages, patrimoine et petites pauses

De Quillebeuf à Saint-Aubin-sur-Quillebeuf

  • Distance : 2,8 km (environ 40 min de marche calme)
  • A voir : La maison du passeur, le port de Quillebeuf, la vue sur l’estuaire du Risle
  • Anectode : Jacques Prévert aurait souvent traversé le bac avant d’écrire ses poèmes en observant les ciels changeants sur la Seine (source : musée Jacques Prévert Oléron-Quillebeuf).

La première portion alterne forêts galeries et fermes robustes, ponctuées d’animateurs naturels comme les cygnes ou le héron cendré qui règnent ici en vrais seigneurs.

De Saint-Aubin-sur-Quillebeuf à Vieux-Port : immersion dans le patrimoine

  • Distance : 3,4 km (50 à 60 minutes)
  • A voir :
    • Les maisons à pan de bois du village
    • L’église Saint Aubin classée MH (XIIIe s.)
    • Les vestiges d’anciens moulins à vent sur la hauteur
    • Le panorama sur les Boucles de la Seine
  • Quelque chose à observer : Les cerisiers en avril offrent un spectacle incroyable le long du chemin montueux vers Vieux-Port.

Vieux-Port mérite plus qu’un simple arrêt : ce village, longtemps port d’escale pour les caboteurs, dévoile à marée basse ses anciens anneaux d’amarrage, dont certains datent du XVIIe siècle.

De Vieux-Port à Aizier : senteurs, histoire et bouts du monde

  • Distance : 2,2 km (30 min)
  • A voir : L’église Saint-Pierre d’Aizier, classée, bâtie sur des fondations mérovingiennes ; les prairies humides propices aux orchidées sauvages au printemps
  • Plaisir local : Ramasser quelques pommes tombées sous les vieux pommiers à cidre (hors période de traitements agricoles !) – vieille tradition normande !

Ici, la Seine joue avec sa lumière. L’été, les pêcheurs du coin installent parfois leur pliant à l’ombre des saules pour taquiner le brochet, la perche ou l’anguille, prisée sur les tables de la région (source : Fédération de pêche de l’Eure). On croise, sur la dernière portion, quelques aires de pique-nique sauvages avec vue imprenable sur les boucles du fleuve.

Pourquoi choisir ce tronçon pour marcher ?

  • Authenticité : Loin des foules. Au printemps, on entend souvent le martin-pêcheur avant même de l’apercevoir.
  • Accessibilité : Terrain plat, facile, parfait pour partager la balade avec des enfants ou des personnes moins mobiles.
  • Diversité : Alternance de bois, de berges ouvertes, de hameaux pittoresques.
  • Patrimoine : On marche dans les pas des mariniers d’autrefois et des patoisants qui, jadis, échangeaient nouvelles et marchandises le long de la Seine (cf. travail de l’historien Philippe Mesnard dans « Marins de la Seine, mémoire d’un territoire »).

Infos pratiques pour profiter pleinement du chemin de halage Quillebeuf – Aizier

  • Longueur totale : Environ 8,5 km d’une traite (Quillebeuf à Aizier), comptez 2h30 à 3h de marche à rythme tranquille, sans compter les arrêts gourmands ou photographiques.
  • Retour : Soit vous faites un aller-retour (17 km au total, envisageable en vélo), soit vous organisez une navette (bus ligne 120 au départ de Quillebeuf ou Aizier, infos sur Nomad Normandie).
  • Itinéraire sécurisé : Pas de voitures, sauf rares accotements à croiser à l’entrée des villages ; attention au niveau de l’eau à certaines époques, en cas de hautes eaux.
  • Chiens : Acceptés, tenus en laisse, notamment à l’approche des zones de nidification d’avril à juillet.
  • Respect de la nature : Ne pas cueillir les fleurs sauvages, signaler la présence de hérons ou cygnes blessés à la mairie de Quillebeuf.

A emporter en balade

  • Des jumelles (pour les oiseaux)
  • Un petit guide des arbres de bord de Seine (à trouver à la librairie de Pont-Audemer)
  • Un pique-nique “du terroir” : pain, camembert fermier, pomme de la région et jus local
  • Votre téléphone (réception parfois faible entre Vieux-Port et Aizier, soyez prévoyants !)

Un chemin, mille histoires : petites curiosités à ne pas manquer

  • La “porte à flot” de Vieux-Port : Ouvrage mobile conçu pour empêcher la mer de remonter dans les marais à marée haute, vestige rare du savoir-faire normand hydraulique.
  • Les “pieds mouillés” : Tradition locale des pêcheurs qui évoque la cueillette d’anguilles de nuit, pieds dans la vase, une coutume qui perdure lors des grandes marées.
  • Les “mares à bêtes” : Petites retenues d’eau servant jadis à abreuver le bétail ; certaines sont aujourd’hui classées zones sensibles pour la biodiversité (source : Observatoire de la biodiversité Normandie).

Pour prolonger la découverte...

  • Descendez en bac à Port-Jérôme pour faire la boucle retour par l’autre rive si vous êtes en vélo
  • Testez la petite aire de bivouac à Aizier pour une nuit à la belle étoile, avec vue sur la Seine et le réveil au chant du grèbe
  • Découvrez les marchés de Quillebeuf le samedi matin pour compléter votre panier de pique-nique
  • Prolongez la balade jusqu’au marais Vernier, exceptionnel écosystème inscrit à Natura 2000 (à 7 km de Vieux-Port)

Ressources & sources d’informations complémentaires

Entre Quillebeuf et Aizier, le halage est tout sauf monotone. La Seine y parle bas, mais avec assurance : ruelles endormies, vieilles pierres, nature pleine de promesses. Un tronçon à explorer, à son rythme, et à revenir dès qu’un rayon perce ou qu’une brume descend sur la rivière.

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