Balades à vélo et oiseaux rares : escapades autour de Quillebeuf et du Marais Vernier

12/01/2026

Le Marais Vernier : un paradis pour les ornithologues amateurs

Le Marais Vernier n’a pas d’équivalent en France. Nichée dans un ancien méandre de la Seine, cette vaste dépression humide née de la patience du fleuve (source : Parc Naturel Régional des Boucles de la Seine Normande), s’étend sur près de 4 500 hectares. On y compte plus de 280 espèces d’oiseaux recensées chaque année (notamment via les observations du Groupe Ornithologique Normand). C’est une zone humide d’importance internationale classée Ramsar, véritable halte migratoire pour des milliers de volatiles.

  • La cigogne blanche : emblème local, elle niche de mars à août sur les plateformes de bois perchées au-dessus des prairies ; on en recense régulièrement plus de 70 couples dans la zone.
  • Le héron cendré et la spatule blanche, peu farouches, pêchent dans les crosnes et étangs.
  • Fuligules milouins, canards souchets, grèbes castagneux peuplent les eaux calmes.
  • La gorgebleue à miroir, trésor des roselières, captive souvent les plus chanceux (et patients !).
  • Les passereaux des saules et le discret butor étoilé complètent le tableau.

L’observation à vélo est particulièrement agréable ici : plat pays, chemins bien entretenus, et, à chaque détour, la surprise d’un envol ou d’un chant inattendu.

De Quillebeuf au Marais Vernier : itinéraires et haltes emblématiques

Les itinéraires cyclo conseillés

  • Le Circuit du Marais Vernier (boucle env. 33 km) : au départ de Quillebeuf, empruntez la D90 jusqu’à la Maison du Parc à Notre-Dame-de-Gravenchon, puis longez la réserve de la Grand’Mare, rejoignez le village typique du Marais Vernier avec ses chaumières, descendez vers la réserve naturelle, puis retour via Saint-Samson-de-la-Roque.
  • Variante douce (20 km) : départ de Quillebeuf vers Sainte-Opportune-la-Mare, observez les oiseaux autour des mares, puis demi-tour par le chemin de halage le long de la Seine.
  • Liaison Quillebeuf - Saint-Aubin-sur-Quillebeuf : ce tronçon permet de rejoindre le va-et-vient du bac au fil de l’eau, et d’apercevoir de nombreux limicoles sur les vasières à marée basse.

Endroits stratégiques pour l’observation ornithologique

  • La Grande Mare : vaste plan d’eau au cœur du marais, accessible par une digue cyclable ; poste d’observation aménagé avec panneaux explicatifs. Idéal pour observer anatidés, hérons et parfois balbuzards pêcheurs au printemps.
  • L’observatoire de la Grand’Mare : proche de la Maison du Parc, accessible librement. Jumelles recommandées !
  • Le point de vue de Saint-Samson-de-la-Roque : vue panoramique sur l’estuaire, sympathique pour l’observation des grandes migrations d’oies et de passereaux.
  • Les villages du Marais Vernier : repérez les toits coiffés de plateformes, toujours habités en saison par la silhouette noire et blanche des cigognes.

Ce qu’on peut croiser… et entendre !

La magie du Marais Vernier et des rives de Quillebeuf, c’est la diversité des espèces à portée de pédale. Les matins de mai, les rousserolles et les fauvettes font un véritable concert dans les phragmites. À partir de juin, on devine au loin les cris gutturaux des jeunes cigogneaux quémandant la becquée. Les soirs d’automne, les vols serrés de sarcelles ponctuent les couchers de soleil. Quelques chiffres pour donner le vertige :

  • D’après la liste rouge de l’UICN France (uicn.fr), une trentaine d’espèces de canards différents fréquentent chaque année les plans d’eau du secteur.
  • En 2023, lors des comptages hivernaux, plus de 3 000 oiseaux — dont une centaine de cygnes tuberculés — ont été dénombrés simultanément sur la zone du Marais Vernier (source : Groupe Ornithologique Normand).
  • La région abrite aussi de nombreux papillons d’espèces rares, notamment la cuivrée des marais, indicateur de la bonne santé de l’écosystème.

Certains matins brumeux, le silence du marais n’est troublé que par le foulement d’une roue de vélo sur le gravier. On a aussi vu, sur la grève, des empreintes de loutres — preuve que la discrète faune aquatique partage ces territoires avec les oiseaux.

Équipements à prévoir et précautions pour une balade respectueuse

  • Un bon vélo (VTC ou VTT) : les chemins sont plats mais certaines digues peuvent être un peu meubles selon la météo.
  • Jumelles, si possible ornitho à grand champ, pour ne rien rater des becs colorés au loin.
  • Un carnet, ou l’appli de suivi d’observations (comme faune-normandie.org) pour signaler ses découvertes — un coup de pouce à la science citoyenne !
  • Respect du balisage : ne pas pénétrer dans les parties sensibles du marais, notamment pendant la nidification entre mars et juillet.
  • Tenue adaptée : coupe-vent, vêtements en couleurs neutres, chaussures fermées (en Normandie, l’herbe garde souvent la rosée…)

À noter : le Marais Vernier est praticable toute l’année à vélo, mais les inondations hivernales peuvent entraîner des fermetures temporaires de certains chemins (consulter les infos de l’Office de Tourisme de l’Estuaire).

Anecdotes, histoires et nature : la petite touche locale

Le Marais Vernier doit son nom à une deformation du latin verna (printemps), qui rappelle les crues annuelles du fleuve. Les villageois racontent que les cigognes, il y a près de 40 ans, avaient presque déserté la région, victimes des pesticides. Leur retour — fêté chaque année lors des Fêtes de la Cigogne au printemps — est l’un des beaux succès du territoire (source : Maison du Parc).

Le « chemin des demoiselles », reliant autrefois plusieurs hameaux sur pilotis, était à l’origine emprunté par les lavandières allant à la Grand’Mare. Aujourd’hui, en longeant ce vestige à vélo, ce sont les guêpiers d’Europe, rares visiteurs, qu’on peut espérer croiser. On raconte aussi que la silhouette blanche du butor étoilé était jadis confondue par les pêcheurs locaux avec les fantômes des marais...

Infos pratiques : accès, services et bonnes adresses

  • Louer son vélo : Plusieurs structures de location proposent vélos (classiques ou électriques) à Pont-Audemer, Saint-Romain-de-Colbosc ou, sur demande, à Quillebeuf (renseignez-vous auprès de l’Office de Tourisme du Pays du Roumois).
  • Points d’accueil nature : La Maison du Parc à Notre-Dame-de-Gravenchon ; panneaux pédagogiques autour de la Grand’Mare.
  • Guides naturalistes : Des sorties « découverte ornitho à vélo » sont parfois proposées (y compris pour les scolaires) : détails sur pnr-seine-normande.com.
  • Buvette et restauration : Café du Bac à Quillebeuf pour les assoiffés de retour de balade, et auberges à Marais Vernier pour goûter à la teurgoule et au cidre fermier.

Prolonger le plaisir : suggestions pour les cyclistes curieux

  • Découvrir la richesse paysagère de l’estuaire entre Quillebeuf et la forêt de Brotonne (itinéraire de la Véloroute Vallée de la Seine).
  • Parcourir le « safari photo » du matin : de Quillebeuf à la réserve ornitho, on peut réaliser de belles images avec la lumière rasante sur le marais.
  • Visiter l’église de Quillebeuf, dernier témoin du passé maritime du bourg, puis une halte sur la digue au coucher du soleil pour écouter le bruissement des roseaux.

Sillonner à vélo autour de Quillebeuf et du Marais Vernier, c’est pédaler au rythme de la nature, s’offrir des parenthèses enchantées, et retrouver — parfois — une tranquillité oubliée. On repart souvent avec des bottes boueuses, quelques photos de hérons et, surtout, la mémoire du chant matinal des oiseaux enveloppant tout le marais.

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