Le phare de Quillebeuf-sur-Seine : une sentinelle normande à ne pas manquer

07/08/2025

Une silhouette familière au bord du fleuve

En bordure de la Seine, là où l’eau se frotte aux brises venues du large, le phare de Quillebeuf-sur-Seine élève sa tourelle blanche cerclée de rouge. Tous les habitants d’ici le connaissent, tous les automobilistes qui prennent le bac l’aperçoivent, mais rares sont ceux qui prennent vraiment le temps de s’arrêter pour l’explorer. Pourtant, ce phare n’est pas seulement un point de repère pratique : c’est une part vivante de l’histoire du littoral normand, le témoin discret de générations de marins, de passeurs, de familles de Quillebeuf et d’ailleurs.

L’histoire marquée dans la pierre et la lumière

Le phare actuel n’est pas le premier à avoir jalonné ce virage délicat de la Seine. Dès le Moyen Âge, la nécessité de signaler Quillebeuf s’était imposée, car l’estuaire y joue un rôle complexe, brassant les eaux douces du fleuve et les flots salés du large. La structure actuelle a été construite en 1862, soit peu après la grande vague de modernisation des phares orchestrée par l’administration française au XIX siècle (DIRM Manche Est – Mer du Nord).

Voilà plus de 160 ans qu’elle guide les navigateurs voguant entre Rouen et Le Havre. Sa tourelle cylindrique, haute de 18 mètres, n’a certes pas la démesure d’un phare d’Ouessant – mais c’est justement sa silhouette compacte, posée sur la berge, qui fait son charme. Elle rappelle que Quillebeuf fut un port plus actif que le calme qui y règne aujourd’hui ne le laisse deviner.

Des gardiens aux marins : petites histoires d’un grand fleuve

Ici, chaque brise semble chuchoter une anecdote maritime. Saviez-vous qu’au début du XX siècle, le phare était encore équipé d’une lanterne à huile, et que c’étaient des gardiens qui montaient chaque soir pour allumer la lumière ? Ces gardiens logeaient sur place, dans la petite maison accolée, et devaient entretenir la lentille de Fresnel, chef-d’œuvre d’ingénierie encore visible lors des visites exceptionnelles.

Dans le registre des curiosités locales, évoquons aussi la lentille du phare, installée en 1862 et conservée depuis, qui permettait d’émettre un feu fixe blanc visible à plusieurs kilomètres. Aujourd’hui encore, elle s’allume automatiquement à la nuit tombée, prolongeant un rituel séculaire.

  • En 1910, lors d’une crue mémorable, le phare servit de point de repère aux sauveteurs venus prêter main forte aux Quillebois piégés par l’eau.
  • Durant la Seconde Guerre mondiale, la lumière fut occultée pour ne pas servir de guide aux forces ennemies. Quelques habitants se souviennent de cette période où le phare, éteint, paraissait presque orphelin.

Une architecture discrète qui en dit long

Le phare, classé Monument Historique en 2010, détonne par sa simplicité. Sa base massive, en pierre blanche de Vernon, s’élève sans ostentation ; ses 18 mètres se gravissent par un escalier en colimaçon qui offre, à chaque fenêtre, une perspective nouvelle sur le fleuve.

Sa couleur, blanche à l’origine puis rehaussée de bandes rouges à partir de 1950, répond à un impérieux souci de repérage depuis l’eau comme depuis la rive. La lanterne, surmontée d’un dôme métallique, abrite l’une des plus anciennes optiques du secteur.

C’est aussi le seul phare de l’Eure encore en activité, ce qui lui confère un statut unique parmi la cinquantaine que compte la façade normande (Phares de France).

Un panorama singulier sur la Seine et les marais

Ce n’est pas uniquement pour l’histoire que l’on vient ici : du haut de la plateforme (accessible lors de certaines visites guidées), la vue sur le fleuve et les vastes marais du Parc naturel régional des Boucles de la Seine Normande est saisissante. Les plus matinaux y voient la brume se lever sur le plan d’eau, tandis que la lueur du soir révèle parfois des ballets de cygnes et d’oiseaux migrateurs.

Le phare est le point d’articulation entre la terre et l’eau. Il permet d’appréhender, d’un coup d’œil :

  • la boucle de la Seine qui encercle Quillebeuf,
  • le trafic fluvial, aujourd’hui essentiellement composé de péniches,
  • le va-et-vient du bac, essentiel à la vie quotidienne de la rive droite à la rive gauche,
  • les zones de pâturage et les marais, berceau de biodiversité locale.

Un phare, des usages : du guide des marins au repère des promeneurs

Avec l’automatisation de la navigation, on aurait pu croire que le phare sombrerait dans l’oubli. Il n’en est rien : il continue de rythmer la vie locale. Les enfants de Quillebeuf y font des sorties scolaires pour comprendre le patrimoine. Des groupes de randonneurs l’utilisent comme point de départ pour des balades vers le chemin de halage ou la découverte des prés salés.

Chaque été, à l’occasion des journées du Patrimoine, il ouvre ses portes aux visiteurs. Il est alors possible de monter dans la lanterne et d’écouter, racontées par des habitants, les anecdotes du fleuve et les histoires de marins. Les artistes comme les photographes, attirés par la belle lumière de l’estuaire, en font une source d’inspiration constante.

Conseils pratiques pour visiter le phare de Quillebeuf-sur-Seine

  • Accès : le phare se situe directement en longeant la route du Quai de Seine, à deux pas du centre historique et de l’embarcadère du bac.
  • Périodes d’ouverture : le phare n’est ouvert à la visite intérieure que lors d’événements spécifiques (Journées du Patrimoine, animations estivales). L’extérieur est accessible toute l’année, et il est toujours possible de se balader autour.
  • Parking : nombreuses places gratuites à côté du bac et sur la place Suzanne-Lacore.
  • À voir autour :
    • Les ruelles anciennes de Quillebeuf, alignées comme un petit Port-Vieux
    • La maison des Pilotes, témoin du passé fluvial
    • Le Musée de la Batellerie à Caudebec, pour prolonger la découverte de l’univers des mariniers (à 12 km, sur la même rive)
    • Le bac, dont le passage reste gratuit pour les piétons comme pour les véhicules (une spécificité locale !)
    • Les sentiers des marais en direction du Becquet ou du Marais Vernier

Préparez votre visite : prévoyez des jumelles, pour l’observation des oiseaux sur les marais alentour, et un appareil photo, pour saisir la lumière de l’estuaire qui varie chaque heure et chaque saison. Si vous souhaitez une montée au sommet, renseignez-vous à l’office de tourisme local ou surveillez l’agenda communal.

L’âme de Quillebeuf-sur-Seine réunie dans son phare

À Quillebeuf, point de grande falaise ni de phare géant. Ici, la magie opère dans la discrétion : une tour familière, adossée aux maisons serrées du bourg, sculptée par le vent et les brumes de la Seine. Le phare porte la mémoire d’un port, veille sur un paysage que les Quillebois aiment et protègent. Il offre au visiteur ce privilège rare : sentir battre le cœur d’une petite ville normande, là où la terre rencontre l’eau.

Venir contempler le phare de Quillebeuf, c’est renouer avec l’histoire d’un fleuve, comprendre l’ancrage des gens du pays, et prendre le temps d’un détour éclairé – au propre comme au figuré. C’est une invitation à laisser parler la curiosité et à prendre, le temps d’un passage ou d’un séjour, la mesure des liens indéfectibles entre Quillebeuf et la Seine.

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