De Quillebeuf-sur-Seine au Marais Vernier : sur les traces d’un sentier entre eau et marais

17/11/2025

Cap vers l’inattendu : entre Seine, prairies et terres humides

Imaginez… La clarté des grandes marées s’étale sur la Seine, Quillebeuf se mire dans l’eau tandis que, là-bas, derrière la digue, le Marais Vernier attend, enveloppé dans sa brume matinale. L’un, bourg de bateliers et de pèlerins, l’autre, labyrinthe de roseaux et de chaumières, n’ont sur la carte que trois kilomètres de séparation… mais tout un monde à découvrir par les chemins.

Nombreux sont les habitants à y avoir promené leurs bottes, le dimanche, ou lors des traditionnelles sorties à la pomme. Mais s’y rendre à pied, en prenant le temps de lire le paysage et de comprendre le lien secret entre la Seine, la terre et le marais est une expérience rare qu’on vous dévoile ici.

Quel sentier relie Quillebeuf-sur-Seine au Marais Vernier ?

Le sentier le plus “naturel” reliant Quillebeuf au Marais Vernier n’existe pas comme un parcours touristique balisé de bout en bout : c’est, pour beaucoup, un enchaînement de chemins de halage, de sentes communales et de petites routes départementales, à travers un des paysages les plus caractéristiques du « Grand Marais ».

  • Distance totale : Environ 8 km (aller simple)
  • Durée à pied : Compter 2 h à 2 h 30, pauses comprises
  • Dénivelé : Léger (environ 60 m de dénivelé positif cumulés)
  • Public : Familles, promeneurs, cyclotouristes (VTC ou gravel), randonneurs contemplatifs
  • Balisage : partiel (PR balisé jaune entre prairies et marais, voir IGN, topoguide FFRandonnée Eure, Réserve du Marais Vernier)

L’itinéraire : depuis Quillebeuf-sur-Seine, le sentier débute à la sortie sud du bourg (rue du Bac, direction Petit Quai), traverse le pont sur la Risle, s’élance sur le chemin des Basses-Eaux, puis s’enroule dans les anciennes prairies de fauche, avant d’arriver à la digue du Marais Vernier, ses plateformes d’observation ornithologique et la route menant à la Réserve naturelle nationale du Marais Vernier. Selon la saison, partez sur la route blanche (D37), ou empruntez les sentiers réguliers du PR dit “Tour du Marais Vernier”.

Chemin faisant : nature vivante et patrimoine discret

1. Quand la Seine flirte avec le Marais : une géographie profondément normande

Ce sentier, c’est l’épine dorsale d’une histoire naturelle : Quillebeuf, à peine séparé du plat du Marais Vernier par les anciens bras morts du fleuve — qu’on appelle ici “tourtiaux” —, offre un prisme parfait pour observer la lente conquête de la terre sur les eaux. Après la traversée de la Risle, la perspective s’ouvre sur les immenses prairies inondables. Au printemps, elles se couvrent de narcisses et de fritillaires pintades : pas étonnant que la zone soit classée zone Natura 2000.

  • Faune attendue : hérons cendrés, cigognes blanches, loutre d’Europe (espèce emblématique du Marais Vernier, revenue depuis une vingtaine d’années), chevaux camarguais dans le marais pâturé (source : Réserve naturelle nationale du Marais Vernier).
  • Flore typique : iris des marais, joncs, roseaux, massettes, et sous-bois de frênes têtards, arbres historiques taillés pour le bois de chauffage.

D’octobre à avril, attendez-vous à naviguer, parfois, entre flaques et mares temporairement inondées, le marais reprenant ses droits à la moindre crue.

2. Anecdotes d’hommes et de bâton de pèlerin

Sur ce chemin, on croise moins de randonneurs « équipés » que de pêcheurs à la ligne ou de locaux en bottines. C’est une voie oubliée des voyageurs… mais pas de l’histoire. Jusqu’au début du XXe siècle, elle était parcourue par les marchands et charretiers reliant la Seine aux fermes du Marais Vernier, acheminant bois, sel, ou pommes à cidre (source : Archives départementales de l’Eure, actes notariés du XIXe siècle).

  • Le pont du Gué de Risle : mémoire toujours vivace d’un passage à gué jadis emprunté à marée basse par charrettes et troupeaux - le pont métallique, actuel, date de 1938.
  • Les chaumières : ces maisons typiques à toit de roseaux, visibles en arrivant sur l’anse du Marais Vernier, sont classées au patrimoine régional et font la fierté des habitants.

Petit clin d’œil : ce sentier servait également aux "ramasseurs de jonc" et "cueilleurs de menthe aquatique", qui alimentaient les marchés de Pont-Audemer ou Honfleur.

Que voir, que faire en chemin ?

  • Points de vue sur la Seine (au départ de Quillebeuf) : la silhouette du bac, le phare, le panorama sur le pont de Tancarville au loin.
  • Prairies humides et mares temporaires : selon la saison, véritable aquarium à ciel ouvert, avec grenouilles, libellules, et parfois, envol de canards sauvages.
  • Observatoires ornithologiques : belvédère du Marais, panneaux d’interprétation sur la biodiversité locale (optez pour des jumelles !).
  • Le chemin des écoliers : petite sente de traverse empruntée jadis par les enfants du hameau pour rejoindre l’école de Quillebeuf.
  • Découverte du patrimoine bâti : croix de chemin, vieux portails de fermes aux enduits de torchis, puits à margelle de silex.

Cette balade n’offre pas de grande difficulté technique, mais elle exige un minimum de sens du terrain : chemins boueux par temps de marées hautes, passages parfois embroussaillés (prévoir de bonnes chaussures imperméables !).

Infos pratiques : préparer sa randonnée entre Quillebeuf et Marais Vernier

Accès Départ : centre-bourg de Quillebeuf-sur-Seine (parking place Charles de Gaulle ou au port)
Carto/topo Carte IGN 1912E “Pont-Audemer - Marais Vernier”Topoguide GR de Pays “Le Marais Vernier et la Risle maritime” (FFRandonnée)
Période idéale Mai à octobre (hors crue, marais praticable sous réserve).
Cyclo Itinéraire faisable en VTC ou vélo gravel, prudence sur les passages boueux ou très humides.
À éviter Saison des battues (automne/hiver, week-end), renseignez-vous à la mairie
Conseils
  • Prévoyez coupe-vent, chaussures étanches, jumelles
  • Boucle possible avec retour par la D312 et la D37, ou via Saint-Samson-de-la-Roque (point de vue sur l’estuaire remarquable)
  • Pour les passionnés, visite guidée écomusée du Marais Vernier (voir dates sur Parc naturel régional des Boucles de la Seine Normande).

Petites histoires du marais et secrets de Quillebeuf

On ne peut parler de cette liaison sans évoquer les récits de mariniers et de pêcheurs, qui redoutaient autrefois les brouillards piégeant “Quillebeuf la blanche” et s’amusaient des nombreuses îles apparues puis disparues au fil du temps. Le marais, modelé par le retrait de l’ancien lit de la Seine, est aujourd’hui le plus grand marais tourbeux d’Île-de-France et Normandie (plus de 4 500 ha, source : Réserve naturelle nationale).

  • Le Marais Vernier rassemble plus de 235 espèces d’oiseaux observées en moins de 20 ans (source : GONm, Groupe Ornithologique Normand).
  • Certains anciens fermiers racontaient qu’au XIXe siècle, plusieurs crues transformèrent le sentier en rivière, obligeant à la traversée en “courteau” (petit bac à fond plat).
  • La tradition orale rapporte aussi qu’il n’était pas rare d’y croiser — à la tombée de la nuit — la “dame blanche du marais”, une légende fantomatique qui servait à rappeler aux enfants de ne pas s’y aventurer seuls le soir…

Pour aller plus loin : idées de prolongements et liens ressources

  • Depuis la digue du Marais Vernier, poursuite possible vers l’observatoire du Grand Mare, ou boucle par la ferme du Hameau.
  • Envie de panorama ? Montez à l’assaut du coteau de Saint-Samson pour une vue imprenable sur l’estuaire et les méandres de la Seine.
  • Pour préparer ou prolonger la balade, consultez la page dédiée du Comité Départemental du Tourisme de l’Eure et la carte interactive IGN Géoportail.

Voilà une traversée où l’on mesure, à chaque pas, la puissance des paysages normands. D’un quai portuaire oublié à la terre des marais, le sentier entre Quillebeuf et le Marais Vernier n’est jamais le même d’une saison à l’autre… Il vous réserve, c’est certain, de beaux instants d’évasion et de belles histoires — à cueillir, de chemin creux en plat pays, le regard sur les cieux normands.

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