Chemin faisant : nature vivante et patrimoine discret
1. Quand la Seine flirte avec le Marais : une géographie profondément normande
Ce sentier, c’est l’épine dorsale d’une histoire naturelle : Quillebeuf, à peine séparé du plat du Marais Vernier par les anciens bras morts du fleuve — qu’on appelle ici “tourtiaux” —, offre un prisme parfait pour observer la lente conquête de la terre sur les eaux. Après la traversée de la Risle, la perspective s’ouvre sur les immenses prairies inondables. Au printemps, elles se couvrent de narcisses et de fritillaires pintades : pas étonnant que la zone soit classée zone Natura 2000.
- Faune attendue : hérons cendrés, cigognes blanches, loutre d’Europe (espèce emblématique du Marais Vernier, revenue depuis une vingtaine d’années), chevaux camarguais dans le marais pâturé (source : Réserve naturelle nationale du Marais Vernier).
- Flore typique : iris des marais, joncs, roseaux, massettes, et sous-bois de frênes têtards, arbres historiques taillés pour le bois de chauffage.
D’octobre à avril, attendez-vous à naviguer, parfois, entre flaques et mares temporairement inondées, le marais reprenant ses droits à la moindre crue.
2. Anecdotes d’hommes et de bâton de pèlerin
Sur ce chemin, on croise moins de randonneurs « équipés » que de pêcheurs à la ligne ou de locaux en bottines. C’est une voie oubliée des voyageurs… mais pas de l’histoire. Jusqu’au début du XXe siècle, elle était parcourue par les marchands et charretiers reliant la Seine aux fermes du Marais Vernier, acheminant bois, sel, ou pommes à cidre (source : Archives départementales de l’Eure, actes notariés du XIXe siècle).
- Le pont du Gué de Risle : mémoire toujours vivace d’un passage à gué jadis emprunté à marée basse par charrettes et troupeaux - le pont métallique, actuel, date de 1938.
- Les chaumières : ces maisons typiques à toit de roseaux, visibles en arrivant sur l’anse du Marais Vernier, sont classées au patrimoine régional et font la fierté des habitants.
Petit clin d’œil : ce sentier servait également aux "ramasseurs de jonc" et "cueilleurs de menthe aquatique", qui alimentaient les marchés de Pont-Audemer ou Honfleur.