La place du Bac à Quillebeuf-sur-Seine : cœur vivant entre Seine, histoire et rencontres

16/08/2025

Un croisement séculaire au bord de la Seine

À Quillebeuf-sur-Seine, il y a ce point de ralliement qui n’a jamais cessé de battre au rythme du fleuve : la place du Bac. Située en toute première ligne, face à la Seine large et souvent brumeuse, elle n’est pas simplement un jardin ou une esplanade. C’est une respiration, entre les maisons sages du vieux bourg et les mouvements perpétuels de l’eau.

Autrefois, bien avant les ponts modernes, la traversée de la Seine représentait un enjeu vital — pour se rendre vers Le Havre, la Basse-Normandie, ou rejoindre la rive gauche après la route des Chaumières. Depuis le Moyen-Âge, Quillebeuf était connu pour son port, sa douane, sa vie réglée sur les aléas du fleuve, mais surtout… pour son bac. Et si la place éponyme attire curieux comme habitués, c’est en partie grâce à cette histoire sans cesse renouvelée des liens qu’elle tisse entre rives, époques et gens d’ici ou de passage.

La place du Bac, témoin des grandes heures du port de Quillebeuf

Longtemps, Quillebeuf-sur-Seine fut le principal port aval de la Seine avant Rouen. Du XVI siècle à la Révolution, on y croisait des caboteurs, des gabares, des navires partant vers Terre-Neuve ou l’Espagne. La place du Bac formait le "parvis" naturel, où étaient débarquées marchandises, bêtes, parfois prisonniers en route pour la Guyane. Selon les chiffres du Service Historique de la Défense, près de 600 bateaux y mouillèrent en 1791 (BNF Gallica).

Au fil du XIX siècle, la modernisation du fleuve (dragages, chenalisation, apparition des remorqueurs à vapeur) redéfinit les contours du port, mais la place continue d’accueillir la vie locale : passage des travailleurs, halte des premiers "touristes", mais aussi événement marquant, comme la terrible crue de 1910 où la place servit de point d’embarquement pour les secours.

Le bac de Quillebeuf : tradition, spectacle et service public

Impossible d’évoquer la place sans parler du bac. Véritable institution, il fonctionne à Quillebeuf — avec différentes embarcations — depuis au moins le XVe siècle. Aujourd’hui encore, la barge à cabestan d’antan a laissé la place à un bac à câble, entièrement gratuit, géré par le département de l’Eure. Il relie Quillebeuf à Port-Jérôme sur l’autre rive. Près de 600 000 traversées annuelles sont comptabilisées, classant ce passage parmi les plus fréquentés de Normandie (source : Département de l’Eure).

  • Spectacle quotidien : On assiste, en direct, à l’embarquement des voitures, cyclistes, écoliers ou habitants des marais, tandis que le bac fend l’eau, sur fond de brume ou de coucher de soleil.
  • Pour les visiteurs : Prendre le bac, c’est saisir la dimension presque insulaire de Quillebeuf et le rôle du fleuve dans la vie d’ici.
  • Horaires : Traversée toutes les 15 à 30 minutes, de 5 h 30 à 21 h 30 en semaine (et jusqu’à minuit l’été).

On se surprend à attendre le bac simplement pour respirer l’air du large et écouter les anecdotes du capitaine, qui vous racontera peut-être la fois où le courant furieux stoppa net la traversée, ou l’histoire du dernier passeur à la rame, Jean-Baptiste, au début des années 1950.

Carrefour de vie locale : cafés, marchés et atmosphère normande

La place du Bac n’est pas qu’un espace de passage, elle est cœur battant du village. Quelques exemples :

  • Marché : Tous les vendredis matin, petit marché de producteurs. Selon la saison, on y trouve pommes et poires du Marais Vernier tout proche, fromages fermiers ou fleurs coupées de la rive opposée.
  • Cafés & terrasses : On aime y prendre un café face au fleuve, échanger des nouvelles avec les habitués. Historiquement, jusqu’à 6 cafés ou estaminets s’y alignaient vers 1900.
  • Animations : En été, la place s’anime : fête du Port, concerts occasionnels, départ de balades fluviales, vélo, randonnée vers la digue ou les marais.

Une expression locale résume bien l’esprit du lieu : « On descend sur la place » (y descendre, c’est y trouver un air de fête, de retrouvailles, souvent sans même rien prévoir). Beaucoup de rencontres, de conversations spontanées… et de souvenirs partagés naissent ici.

Un point de vue imprenable sur la Seine et son patrimoine

Depuis l’esplanade, le regard porte loin :

  1. Paysages : Panoramique sur le grand coude de la Seine, où oiseaux de mer et bateaux se croisent. Dès l’aube, lumières changeantes, silhouettes de cargos en rade ou de mariniers remontant vers Rouen.
  2. Patrimoine maritime : Vue directe sur la célèbre lanterne de Quillebeuf, allumée en 1775, rare vestige de la signalisation ancienne du fleuve ; en face, les grandes installations industrielles de Port-Jérôme rappellent le tournant du XX siècle.
  3. Le bac lui-même : Navigue devant vous comme un acteur d’un grand théâtre de plein air.

À quelques pas, des bancs, une aire de pique-nique, et, bien sûr, le mémorial aux marins, inauguré en 1956, qui rend hommage à tous ceux pour qui la Seine a été l’alliée mais parfois aussi l’adversaire (source : Mairie de Quillebeuf-sur-Seine).

Point de départ idéal pour explorer la ville et la nature

La place du Bac est le point zéro pour rayonner à pied à la découverte du bourg :

  • Les ruelles médiévales débouchent en étoile sur la place : rue du Phare, ruelle de l’Église (au bout, l’église Saint-Valéry et son étonnant clocher-mur).
  • La digue de Quillebeuf, fantastique pour admirer le ballet du fleuve mais aussi les marais, paradis pour hérons, cigognes et canards — la Réserve naturelle nationale du Marais Vernier n’est qu’à quelques kilomètres.
  • Musée de la Batellerie : petit mais passionnant, il est à 4 minutes de marche et permet de comprendre l’histoire du village à travers ses métiers fluviaux.

Pour les amateurs de vélo, la place est aussi une étape de la Véloroute du Val de Seine (balisage officiel), idéale pour longer le fleuve jusqu'à Honfleur en passant par les marais et les villages à colombages.

Curiosités et anecdotes méconnues de la place du Bac

  • Un carrefour stratégique : Pendant la Seconde Guerre mondiale, le bac fut réquisitionné et la place interdite d’accès – elle garda les traces de cette période dans sa topographie encore actuelle (bombardements, traces d’abris souterrains recensés par le CAUE de l’Eure).
  • Réalisateurs inspirés : C’est ici qu’a été tournée une scène du téléfilm "L’embarquement pour Cythère" avec Jean Rochefort en 1982, la place servant de décor à une traversée symbolique.
  • Lieu de résistance : Un réseau de passeurs, pendant la guerre, utilisa le bac pour aider des réfugiés à franchir la Seine clandestinement – la place du Bac, durant l’Occupation, fut un endroit surveillé… et plein de secrets (source : Mémoire du Port de Quillebeuf).

Conseils pratiques pour profiter au maximum de la place du Bac

  • Venir en voiture : Parkings gratuits en bordure directe de la place, attention en cas de forte affluence l’été.
  • Pour les piétons et cyclistes : Signalétique claire, accès sans difficulté.
  • Horaires du bac : Prévoir 10 minutes d’avance en période d’affluence ou lors des événements.
  • Petite faim ? : Boulangerie traditionnelle et bar-restaurant sur la place.
  • Meilleur moment : Soirées d’été pour les vues sur la Seine, matins calmes pour observer la lumière sur l’eau et les premiers pêcheurs.

La place du Bac, reflet des mille visages de Quillebeuf-sur-Seine

Passer par la place du Bac, c’est embrasser d’un seul coup d’œil l’esprit de Quillebeuf-sur-Seine : un village ouvert sur l’eau, un lieu de passage et de rencontres, à la fois ancré dans l’histoire et vibrant d’une vitalité très actuelle. On y goûte ce mélange unique de patrimoine vivant, de convivialité et de beauté simple, marque de fabrique de cette Normandie fluviale si attachante. Prenez le temps : laissez-vous surprendre par une conversation, le passage d’un convoi exceptionnel sur le bac, ou la flamme dorée d’un soir sur la lanterne… Il y a, sur cette place, mille histoires à saisir — à raconter ou à inventer.

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